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Extrait

Extrait du prologue

Avenue Vali Asr

Vue du ciel, la ville de Téhéran est nappée d'une lueur irréelle. Une brume orangée plane au-dessus de la capitale et réfléchit les rayons du soleil : un brouillard épais, pénible, qui s'accroche dans les moindres recoins, brûle le nez et picote les yeux. Les rues sont envahies de voitures crachant des nuages noirs qui s'élèvent pesamment et stagnent au-dessus des têtes, et ces fumées s'amoncellent jusqu'au sommet des monts Alborz, couleur caramel, au nord. Partout, des grappes de hauts immeubles surplombent la ville, tels des imams dominant une assemblée prostrée. A leurs pieds, une marée humaine emplit la vallée. Le moindre centimètre carré est occupé, sans que l'on puisse discerner un style, une logique ou une raison. D'anciens quartiers sont taillés dans le vif et grignotés par des entrelacs de bifurcations, et d'ignobles bâtiments postmodernes se dressent au mépris des anciennes demeures.
Au centre, plongeant au coeur de ce chaos et scindant Téhéran en deux, s'étend une immense avenue bordée de part et d'autre de hauts sycomores : l'avenue Vali Asr, qui descend du nord au sud, pompant la vie pour la recracher dans les recoins les plus reculés de la ville. Vali Asr est l'artère qui personnifie Téhéran aux yeux de ses habitants. Depuis des décennies, c'est là que les Iraniens se rassemblent pour fêter un événement, manifester, protester, marquer une commémoration, pleurer une mort. Parcourir l'avenue en voiture est un de mes souvenirs d'enfance les plus vifs ; je me souviens que j'avais l'impression d'être protégée par ces arbres qui s'inclinaient tendrement les uns vers les autres, formant une large voûte verdoyante qui semblait nous abriter.
Le long des vieilles racines protéiformes des arbres, émergeant en méandres des fissures du béton, de profondes rigoles appelées jubs canalisent l'eau glaciale qui dévale des montagnes. Plus elle s'écoule vers le sud, plus elle devient trouble et noire. A mi-chemin de Vali Asr, nous sommes au coeur de la ville, concentration urbaine grouillante, impressionnante, où se croisent des milliers de motos, de voitures et de piétons vrombissant à l'envi. Étouffant entre les blocs d'immeubles, on peut découvrir les vestiges d'anciennes villas à l'agonie s'accrochant désespérément à la vie. Au sud, les bâtiments se font plus modestes et plus décrépits : maisons de ciment brut et de briques en ruine, aux vitres brisées et surmontées de cabanes en tôle ondulée. Des conduites de gaz rouillées et des appareils de climatisation pendent sur les murs, tels des boyaux de métal à découvert. Les couleurs de la rue se noient dans la pénombre de la misère et du repli conservateur. Les tchadors noirs se fondent en silence avec les costumes et les foulards sombres : ce sont les couleurs du deuil, frappées du sceau islamique de rigueur, que seules viennent briser les fresques murales bigarrées affichant le portrait de héros guerriers et de martyrs religieux, et relayant la propagande politique. A l'extrême sud, l'avenue Vali Asr ouvre sa gueule pour devenir la place Rah Ahan, la principale gare ferroviaire de la capitale où débarquent des voyageurs des quatre coins de l'Iran : Lors, Kurdes, Azéris, Turcs, Tadjiks, Arabes, Baloutches, Bakhtiaris, Qashqa'is et Afghans. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

 

Revue de presse

Vivre et mentir à Téhéran, roman choral de Ramita Navai, est une collection d'histoires vraies dont le héros est le mensonge. Afin de protéger l'identité des personnes qui ont témoigné en racontant leur vie et celle de leurs proches, l'auteure transforme, adapte, ment à sa manière avec pour objectif de faire accéder le lecteur à une vérité plurielle, celle de chaque personnage, qu'il soit membre d'une organisation terroriste, mère de famille traditionaliste, adolescent homosexuel engagé dans la milice ou prostituée repentie...
Cécile Dutheil de la Rochère, sa traductrice en français, se plie à tous les caprices du texte. Elle se coule dans les descriptions somptueuses de Téhéran - dont le lecteur ne peut que tomber amoureux -, syncope le parler moderne et américanisé des jeunes branchés, et tisse les discours plus ou moins ésotériques, plus ou moins manipulateurs, livrés par des mollahs en tout genre. Il faut une grande énergie et une palette très étendue pour pouvoir embrasser, en traduction, les antagonismes qui écartèlent ce texte, à l'image de cette ville où règne une tension effroyable entre répression sexuelle et pornographie, tendresse fraternelle et violence fratricide, fascination de l'étranger et haine de l'autre. (Agnès Desarthe - Le Monde du 19 février 2015)

Son livre est un portrait de Téhéran et des Téhéranais d'aujourd'hui. Il raconte la vie sous une dictature religieuse. Les gens vivent et s'arrangent comme ils peuvent. Il arrive même que certains prospèrent. Mais tous mentent, d'où le titre du livre : Vivre et mentir à Téhéran...
Et, partout, l'attachement des Téhéranais à leur ville, chaleureuse solidaire, indiscrète, parfois mortifère. C'est étonnant, souvent drôle, tragique, parfois romanesque. Farideh est une des figures les plus touchantes du livre, une bourgeoise humaniste et laïque, que tout oppose au régime, mais qui n'arrive pas à quitter le pays. (Natalie Levisalles - Libération du 23 avril 2015) --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

 

Vivre et mentir à Téhéran

UGS : 9782264068064
€8.10Prix
  • Ramita NAVAI

    Cécile DUTHEIL DE LA ROCHÈRE (Traduction)

  • Poche: 384 pages

    Editeur : 10 X 18 (16 février 2017)

    Collection : LITT. ETRANGERE

    Langue : Français

    ISBN-10: 226406806X

    ISBN-13: 978-2264068064

    Dimensions du produit: 10,9 x 2,4 x 17,8 cm